Page:Chapman - Les Fleurs de givre, 1912.djvu/24

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Sous les forêts du nord aux grands fourrés dormants.
Mais avant de quitter les décombres fumants,
Ils ouvrirent ― maudit soit l’instinct de leur race ! ―
Les corps des glorieux défenseurs de la place,
Et, sûrs d’y puiser plus d’audace et de succès,
Dévorèrent le cœur palpitant d’un Français,
Après avoir brûlé jusqu’au dernier cadavre.....
 
Et l’on dit que, le soir de ce drame qui navre,
Un vieux coureur des bois, attiré par le bruit
Du baril explosé dans le poste détruit,
Crut voir ― ô vision aussi belle qu’étrange ! ―
Un doux fantôme blanc, une femme au front d’ange,
Recueillir de la cendre encor chaude des preux
Qui venaient de verser leur sang si généreux
En couvrant de leurs corps la patrie éperdue,
Puis, d’un geste embrassant la sauvage étendue,
― Comme fait le semeur debout dans son enclos ―
L’épandre dans le vent qui caressait les flots,
Les roseaux et les foins, les fleurs et les feuillages.

Cette cendre sacrée a fécondé nos plages ;
Et là même où les troncs d’insondables forêts
Se dressaient vers le ciel, les chênes du Progrès
Balancent au soleil leurs rameaux forts et denses ;
D’opulentes moissons de vertus, de sciences,