Page:Chapman - Les Fleurs de givre, 1912.djvu/29

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Voit des masques surgir et grimacer dans l’ombre.
Ce sont les Iroquois qui s’avancent en nombre.
Et soudain Cadieux clame : ― En canot ! en canot !
Fuyez !. Dérobez-vous dans les bouillons du saut !.
Fuyez tous !. Moi, je reste, et, seul avec mon arme,
Durant toute la nuit, je ferai du vacarme
Pour tromper les démons. ―

                                     Et le hardi Chef-Blanc,
Déchargeant son mousquet sous le grand bois tremblant,
Dont le farouche écho gronde comme un tonnerre,
Éloigne incontinent la bande sanguinaire
Du rapide.

                          Et plus d’un camarade à Cadieux
Jette, une larme à l’œil, un long regard d’adieux,
Et tous, le front courbé, sur le bord de la berge,
Implorent, confiants, le secours de la Vierge.

Furtivement lancés dans le gouffre aboyant,
Les prudents fugitifs sans bruit vont pagayant.
Voyez-les manœuvrer ! voyez-les dans la brume
Qui s’élève de l’onde écumeuse qui fume !
Ils filent, d’un trait sûr, entre de noirs brisants
Ébranlés par l’assaut des grands flots rugissants.