Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t1.djvu/28

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Beaucoup ceependant se refusent encore à y voir un des chefs-d’œuvre de notre littérature et ne taisent pas le regret qu’ils éprouvent à constater dans un livre où, à chaque page, se rencontrent des merveilles de style, l’absence de ces qualités de composition que rien ne remplace et que des beautés de détail, si brillantes et si nombreuses soient-elles, ne sauraient suppléer. Ce regret, ceux-là ne l’éprouveront pas — je crois pouvoir le dire — qui liront les Mémoires dans la présente édition.


V


« Les Français seuls savent dîner avec méthode, comme eux seuls surent composer un livre[1] ». Lorsque Chateaubriand disait cela, il est permis de penser qu’il songeait à lui et à ses ouvrages, car nul n’attacha plus de prix à la composition, à cet art qui établit entre les diverses parties d’un livre une distribution savante, une harmonieuse symétrie. Du commencement à la fin de sa carrière, il resta fidèle à la méthode de nos anciens auteurs, qui adoptaient presque toujours dans leurs ouvrages la division en LIVRES. Ainsi fit-il, dès ses débuts, lorsqu’il publia, en 1797, à Londres, chez le libraire Deboffe, son Essai sur les Révolutions. « L’ouvrage entier, disait-il dans son Introduction, sera composé de six livres, les uns de deux, les autres de trois parties, formant, en totalité, quinze parties divisées en chapitres. »

Dans Atala, le récit, encadré entre un prologue et un épilogue, comprend quatre divisions, qui sont comme les quatre chants d’un poème : les Chasseurs, les Laboureurs, le Drame, les Funérailles.

  1. Mémoires, tome VI, p. 111