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Page:Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses, 1869, Tome 1.djvu/81

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DANGEREUSES.

Je n’eus que le temps de faire une courte toilette, & je me rendis au salon, où ma belle faisait de la tapisserie, tandis que le curé du lieu lisait la gazette à ma vieille tante. J’allai m’asseoir auprès du métier. Des regards, plus doux encore que de coutume, & presque caressants, me firent bientôt deviner que le domestique avait déjà rendu compte de sa mission. En effet, mon aimable curieuse ne put garder plus longtemps le secret qu’elle m’avait dérobé, &, sans crainte d’interrompre un vénérable pasteur dont le débit ressemblait pourtant à celui d’un prône : « J’ai bien aussi ma nouvelle à débiter, » dit-elle ; & tout de suite elle raconta mon aventure, avec une exactitude qui faisait honneur à l’intelligence de son historien. Vous jugez comme je déployai toute ma modestie : mais qui pourrait arrêter une femme qui fait, sans s’en douter, l’éloge de ce qu’elle aime ! Je pris donc le parti de la laisser aller. On eût dit qu’elle prêchait le panégyrique d’un saint. Pendant ce temps, j’observais, non sans espoir, tout ce que promettaient à l’amour son regard animé, son geste devenu plus libre & surtout ce son de voix qui, par son altération déjà sensible, trahissait l’émotion de son âme. À peine elle finissait de parler : « Venez, mon neveu, me dit madame de Rosemonde ; venez que je vous embrasse. » Je sentis aussitôt que la jolie prêcheuse ne pourrait se défendre d’être embrassée à son tour. Cependant elle voulut fuir ; mais elle fut bientôt dans mes bras, &, loin d’avoir la force de résister, à peine lui restait-il celle de se soutenir. Plus j’observe cette femme, &