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LE COCOTIER


Tout arbre chez nous se tient debout comme un homme, mais immobile ; enfonçant ses racines dans la terre, il demeure les bras étendus. Ici, le sacré banyan ne s’exhausse point unique : des fils en pendent par où il retourne chercher le sein de la terre, semblable à un temple qui s’engendre lui-même. Mais c’est du cocotier seulement que je veux parler.

Il n’a point de branches ; au sommet de sa tige, il érige une touffe de palmes.

La palme est l’insigne du triomphe, elle qui, aérienne, amplification de la cime, s’élançant, s’élargissant dans la lumière où elle joue, succombe au poids de sa liberté. Par le jour chaud et le long midi, le cocotier ouvre, écarte ses palmes dans une extase heureuse, et au point où elles se séparent et divergent, comme des crânes d’enfants s’appliquent les têtes grosses et vertes des cocos. C’est ainsi que le cocotier fait le geste de montrer son cœur. Car les palmes inférieures,