Page:Claudel - Connaissance de l’est larousse 1920.djvu/85

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LE FLEUVE


Du fleuve vaste et jaune mes yeux se reportent sur le sondeur accroché au flanc du bateau, qui, d’un mouvement régulier faisant tourner la ligne à son poing, envoie le plomb à plein vol au travers de ce flot tourbeux.

Comme s’allient les éléments du parallélogramme, l’eau exprime la force d’un pays résumé dans ses lignes géométriques. Chaque goutte est le calcul fugace, l’expression à raison toujours croissante de la pente circonférencielle, et, d’une aire donnée ayant trouvé le point le plus bas, un courant se forme, qui d’un poids plus lourd fuit vers le centre plus profond d’un cercle plus élargi. Celui-ci est immense par la force et par la masse. C’est la sortie d’un monde, c’est l’Asie en marche qui débouche. Puissant comme la mer, cela va quelque part et tient à quelque chose. Point de branches ni d’affluents, la coulée est unique ; nous aurons beau remonter des jours, je n’atteins point la