Page:Claudel - Connaissance de l’est larousse 1920.djvu/94

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RÊVES


La nuit quand tu vas entendre de la musique, prends soin de commander la lanterne pour le retour : n’aie garde, chaussé de blanc, de perdre de vue chacun de tes souliers : de peur qu’ayant une fois confié ta semelle à un invisible marchepied, par l’air, par la brume, une route insolite ne te ménage un irrémédiable égarement, et que l’aube ne te retrouve empêtré dans la hune d’un mât de tribunal, ou à la corne d’un mur de temple, agriffé comme une chauve-souris à la tête d’une chimère.

— Voyant ce pan de mur blanc éclairé par le feu violent de la lune, le prêtre, par le moyen de gouvernail, ne douta pas d’y précipiter son embarcation ; et jusqu’au matin une mer nue et illuminée ne trahit point l’immersion occulte de la rame.

— Le pêcheur, ayant digéré ce long jour de silence et de mélancolie, le ciel, la campagne,