Page:Clemenceau - Au soir de la pensée, 1927, Tome 1.djvu/470

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Tous ces soleils, et tous ces mondes en des complexités de mouvements dont nous sommes confondus. Et notre affolante Voie Lactée avec ses soleils, dont le chiffre d’un million parut longtemps suffire, alors qu’on en suppute aujourd’hui le nombre par centaines de millions. Et la dispersion des autres Voies Lactées aux extrêmes limites ou nos regards peuvent porter ! Il n’est pas jusqu’à l’au-delà que nous osions inductivement interroger. Cependant, le spectroscope apporte la réponse des astres à nos questions, et fait apparaître l’unité d’un univers où les étoiles, à tous degrés d’évolutions, vont semant dans l’espace les annales d’une histoire d’où jaillit le phénomène de la vie, et, par là, de la conscience du Cosmos. Il y a ainsi des échelles d’animation à reconnaître pour nous sentir à notre place d’ordre dans une synthèse des choses dont les confins nous fuient à mesure que nous avançons.

Les phénomènes, encore pouvons-nous les observer, les dire, les transposer en des tables d’écritures. Mais les sentir dans leur synthèse, les vivre émotivement à notre rang dans la communion des énergies, ne faut-il pas, pour cela, une juste adaptation de l’homme au monde, — difficile quand l’un des deux partenaires a pour attribut l’infini ?

Nous ne pouvons nous déprendre d’une recherche obstinée de la sensation d’un ensemble synthétisant des parties d’une connaissance fragmentée ? Après tant de méconnaissances, nous n’en sommes encore qu’aux premiers tressaillements de positivité. Désaccordés d’avec les énergies cosmiques, nous n’avons pu fournir qu’un témoignage d’impuissance. Accordés, il peut nous être enfin donné de vibrer à l’unisson des éléments. Connaître pour rêver après avoir rêvé pour connaître — une psychologie évolutive par laquelle les deux procédures mentales se complètent au lieu de discorder. C’est alors seulement que nous pourrons vivre mentalement le plein de nous-mêmes dans l’émotion souveraine qui nous achève aux éblouissantes sensations de l’immensité. Les Dieux morts ou agonisants nous ont donné, dans leur jeunesse, des illusions de cette jouissance suprême. Il nous faut maintenant l’univers en voie de se connaître, de se réaliser par l’homme, pour nous rendre, dans l’ordre positif, cette fois, un idéalisme de surhumanité.