Page:Collins - La Femme en blanc.djvu/398

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longtemps que nous étions enfermées tête-à-tête. Exciter de nouveaux soupçons, c’était peut-être nous enlever l’unique chance que nous eussions de nous revoir encore. Il était grand temps de me montrer, tranquille et comme si de rien n’était, parmi les misérables qui, dans ce moment-là même, au rez-de-chaussée, s’occupaient et s’entretenaient de nous. J’expliquai à Laura cette déplorable nécessité, que je l’amenai à comprendre aussi bien que moi.

— D’ici à une heure, ou peut-être moins, lui dis-je, vous me verrez revenir, chère petite. Pour aujourd’hui, le plus mauvais est passé. Tenez-vous tranquille, et ne craignez rien !

— La clef est-elle sur la porte, Marian ? Puis-je m’enfermer ?

— Oui, sans doute ; voici la clef. Poussez le verrou, et, jusqu’à ce que je remonte, n’ouvrez à personne !… Je l’embrassai, en la quittant. Ce fut un vrai soulagement pour moi, tandis que je m’en allais, d’entendre grincer la clef dans la serrure, et de savoir ma sœur libre d’ouvrir ou de fermer sa porte.





VIII


« 19 juin. » — J’étais à peine arrivée sur le palier, quand ce bruit de porte fermée me suggéra la précaution de clore aussi ma chambre, et de ne jamais en sortir sans en emporter la clef avec moi. Mon « Journal » était déjà mis à l’abri, avec d’autres papiers essentiels, dans le tiroir de ma table ; mais mille petits articles de bureau demeuraient à la libre disposition des allants et des venants. Entre autres, un cachet portant la devise, assez commune, de deux colombes qui boivent dans la même coupe, et quelques feuilles de papier brouillard sur lesquelles se trouvait l’empreinte des dernières lignes que, la nuit dernière, j’avais tracées ici même. Grossies par les soupçons