Page:Conrad - Gaspar Ruiz, trad. Néel.djvu/93

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idées du surlendemain. De la même façon que de braves gens, autrement inoffensifs, pousseront avec vous des cris d’extase devant votre collection, sans se douter le moins du monde de ce qui en fait la merveille.

Je baissai la tête. Il avait trouvé une illustration saisissante de la triste vérité qu’il avançait. Le monde est plein de gens comme ceux-là. Et cet exemple de l’aristocratie française, avant la Révolution, était bien-frappant. Je ne pouvais pas discuter son affirmation, bien que son cynisme — trait toujours déplaisant — lui enlevât à mes yeux beaucoup de valeur. Je ne laissais pourtant pas d’être impressionné. J’aurais voulu trouver des paroles qui, sans être un acquiescement, n’amorçassent pourtant point une discussion.

— Vous n’allez pas prétendre, fis-je, d’un ton dégagé, que des extrémistes révolutionnaires aient jamais été servis par l’engouement de pareilles gens ?

— Ce n’est pas tout à fait cela que j’entendais dire. Je généralisais. Mais puisque vous me posez la question, je puis vous répondre qu’une telle aide a bel et bien été, plus ou moins consciemment, apportée aux activités révolutionnaires, dans divers pays…, et même dans celui-ci.

— Impossible ! protestai-je, avec fermeté. Nous ne jouons pas, à ce point, avec le feu.

— Et pourtant, vous pouvez peut-être vous en offrir le luxe plus que d’autres. Laissez-moi, d’ailleurs, vous faire remarquer que la plupart des femmes, si elles ne sont pas toujours prêtes à jouer avec le feu, ont du moins une propension marquée à s’amuser avec des étincelles…

— Est-ce un jeu de mots ? demandai-je en souriant.

— Pas que je sache, du moins, répondit-il, imperturbablement. Je pensais à un exemple…. Oh ! assez anodin, en un sens.

J’étais tout attention. J’avais maintes fois tenté