Page:Corneille - Marty-Laveaux 1910 tome 1.djvu/294

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Laissant ainsi couler la belle occasion 109
De vous conter l’excès de son affection.


MÉLITE.


Vous savez que son âme en est fort dépourvue 110.


ÉRASTE.


Toutefois, ce dit-on, depuis qu’il vous a vue 111,
Il en porte dans l’âme un si doux souvenir,
Qu’il n’a plus de plaisirs qu’à vous entretenir.


MÉLITE.


Il a lieu de s’y plaire avec quelque justice :
L’amour ainsi qu’à lui me paroît un supplice ;
Et sa froideur, qu’augmente un si lourd entretien,
Le résout d’autant mieux à n’aimer jamais rien.


ÉRASTE.


Dites : à n’aimer rien que la belle Mélite.


MÉLITE.


Pour tant de vanité j’ai trop peu de mérite.


ÉRASTE.


En faut-il tant avoir pour ce nouveau venu ?


MÉLITE.


Un peu plus que pour vous.


ÉRASTE.


Un peu plus que pour vous._De vrai, j’ai reconnu,
Vous ayant pu servir deux ans, et davantage,
Qu’il faut si peu que rien à toucher mon courage.


MÉLITE.


Encor si peu que c’est vous étant refusé,
Présumez comme ailleurs vous serez méprisé.


109. Var. De laisser perdre ainsi la belle occasion. (1648)

110. Var. Vous savez que son âme en est trop dépourvue. (1657)

111. Var. [Toutefois, ce dit-on, depuis qu’il vous a vue,]
Ses chemins par ici s’adressent tous les jours.
Et ses plus grands plaisirs ne sont qu’en vos discours.
mél. Et ce n’est pas aussi sans cause qu’il les prise,
Puisqu’outre que l’amour comme lui je méprise,
Sa froideur, que redouble un si lourd entretien. (1633-57)