Page:Corneille - Marty-Laveaux 1910 tome 1.djvu/300

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Les tiens m’avoient bien dit malgré toi que ton cœur
Soupiroit sous les lois de quelque objet vainqueur ;
Mais j’ignorois encor qui tenoit ta franchise 120,
Et le nom de Mélite a causé ma surprise,
Sitôt qu’au premier vers ton sonnet m’a fait voir
Ce que depuis huit jours je brûlois de savoir.


TIRCIS.


Tu crois donc que j’en tiens ?


CLORIS.


Tu crois donc que j’en tiens ?_Fort avant.


TIRCIS.


Tu crois donc que j’en tiens ? Fort avant._Pour Mélite ?


CLORIS.


Pour Mélite, et de plus que ta flamme n’excite
Au cœur de cette belle aucun embrasement 121.


TIRCIS.


Qui t’en a tant appris ? mon sonnet ?


CLORIS.


Qui t’en a tant appris ? mon sonnet ?_Justement.


TIRCIS.


Et c’est ce qui te trompe avec tes conjectures,
Et par où ta finesse a mal pris ses mesures.
Un visage jamais ne m’auroit arrêté,
S’il falloit que l’amour fût tout de mon côté.
Ma rime seulement est un portrait fidèle
De ce qu’Éraste souffre en servant cette belle ;
Mais quand je l’entretiens de mon affection,
J’en ai toujours assez de satisfaction.


CLORIS.


Montre, si tu dis vrai, quelque peu plus de joie,
Et rends-toi moins rêveur, afin que je te croie.


120. C’est-à-dire qui t’avait captivé. Franchise, dans le sens de liberté. Voyez le Lexique.

121. Var. Dedans cette maîtresse aucun embrasement. (1633-60)