Page:Corneille - Marty-Laveaux 1910 tome 1.djvu/299

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



SONNET118.


Après l’œil de Mélite il n’est rien d’admirable ;
Il n’est rien de solide après ma loyauté.
Mon feu, comme son teint, se rend incomparable,
Et je suis en amour ce qu’elle est en beauté.


Quoi que puisse à mes sens offrir la nouveauté,
Mon cœur à tous ses traits demeure invulnérable,
Et bien qu’elle ait au sien la même cruauté.
Ma foi pour ses rigueurs n’en est pas moins durable.


C’est donc avec raison que mon extrême ardeur
Trouve chez cette belle une extrême froideur,
Et que sans être aimé je brûle pour Mélite ;


Car de ce que les Dieux, nous envoyant au jour,
Donnèrent pour nous deux d’amour et de mérite,
Elle a tout le mérite, et moi j’ai tout l’amour.


CLORIS.


Tu l’as fait pour Éraste ?


TIRCIS.


Tu l’as fait pour Éraste ?_Oui, j’ai dépeint sa flamme,


CLORIS.


Comme tu la ressens peut-être dans ton âme ?


TIRCIS.


Tu sais mieux qui je suis, et que ma libre humeur
N’a de part en mes vers que celle de rimeur.


CLORIS.


Pauvre frère, vois-tu, ton silence t’abuse ;
De la langue ou des yeux, n’importe qui t’accuse 119 :


118. Ce sonnet, composé, d’après Thomas Corneille, avant la comédie elle-même (voyez ci-dessus, p. 126), a été imprimé pour la première fois en 1682, à la page 167 des Meslanges poétiques qui suivent Clitandre. Ce texte primitif ne présente qu’une variante sans importance ; le vers 487 commence ainsi :
Et quoiqu’elle ait, etc.

119. Var. De la langue, des yeux, n’importe qui t’accuse. (1657 et 60)