Page:Corneille - Marty-Laveaux 1910 tome 1.djvu/304

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A dedans ce billet sa passion décrite ;
Dis-lui que sa pudeur ne sauroit plus cacher
Un feu qui la consume et qu’elle tient si cher 134.
Mais prends garde surtout à bien jouer ton rôle :
Remarque sa couleur, son maintien, sa parole ;
Vois si dans la lecture un peu d’émotion
Ne te montrera rien de son intention.


CLITON.


Cela vaut fait, Monsieur.


ÉRASTE.


Cela vaut fait, Monsieur._Mais après ce message 135
Sache avec tant d’adresse ébranler son courage,
Que tu viennes à bout de sa fidélité.


CLITON.


Monsieur, reposez-vous sur ma subtilité ;
Il faudra malgré lui qu’il donne dans le piége :
Ma tête sur ce point vous servira de plége 136 ;
Mais aussi vous savez…


ÉRASTE.


Mais aussi vous savez…_Oui, va, sois diligent 137.
Ces âmes du commun n’ont pour but que l’argent 138 ;


134. Var. Un feu qui la consomme et qu’elle tient si cher. (1633 et 48-67)

135. Var. Cela vaut fait, Monsieur._Mais avec ton message
Tâche si dextrement de tourner son courage. (1633-64)

136. Var. Ma tête sur ce point me servira de plége t. (1657)

137. En marge, dans l’édition de 1633 : Cliton rentre.

138. Var. Ces âmes du commun font tout pour de l’argent,
Et sans prendre intérêt au dessein de personne,
Leur service et leur foi sont à qui plus leur donne.
Quand ils sont éblouis de ce traître métal,
Ils ne distinguent plus le bien d’avec le mal ;
Le seul espoir du gain règle leur conscience.
Mais tu reviens bientôt, est-ce fait ? clit. Patience,
Monsieur ; en vous donnant un moment de loisir,
Il ne tiendra qu’à vous d’en avoir le plaisir. (1633-57)

t. De caution, de gage. Voyez le Lexique.