Page:Corneille - Marty-Laveaux 1910 tome 1.djvu/409
ACTE I, SCÈNE IV. a8i
SCÈNE IV.
CALISTE, DORISE.
CALISTE.
Je n'en puis plus douter, mon feu désabusé'
Ne tient plus le parti de ce cœur déguisé.
Allons, ma chère sœur, allons à la vengeance ; «o^
Allons de ses douceurs tirer quelque allégeance ;
Allons, et sans te mettre en peine de m'aider,
Ne prends aucun souci que de me regarder.
Pour en venir à bout, il suffit de ma rage ;
D'elle j'aurai la force ainsi que le courage; Jio
Et déjà dépouillant tout naturel humain.
Je laisse à ses transports à gouverner ma main.
Vois-tu comme suivant de si furieux guides
Elle cherche déjà les yeux de ces perfides,
Et comme de fureur tous mes sens animés 1 1 5
Menacent les appas qui les avoient charmés ?
DORISE.
Modère ces bouillons d'une âme colérée.
Ils sont trop violents pour être de durée ;
Pour faire quelque mal, c'est frapper de trop loin.
Réserve ton courroux tout entier au besoin ; 120
Sa plus forte chaleur se dissipe en paroles.
Ses résolutions en deviennent plus molles :
En lui donnant de l'air, son ardeur s'alenfit.
CALISTE.
Ce n'est que faute d'air que le feu s'amortit'.
Allons, et tu verras qu'ainsi le mien s'allume, 12^
Que ma douleur aigrie en a plus d'amertume ',
1. En marge, dans l'édition de i633 : Dorise entre.
2. Var. Mais c'est à faute d'air que le feu s'amortit. (lôSaôy)
3. Var. Que par lama douleur accroît son amertume. (1632-D7)
�� �