Page:Descartes - Œuvres, éd. Adam et Tannery, I.djvu/89

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sur l'Orthographe de Descartes. lxxxiif

comme vérité, viuant, vouloir, mais même pour ceux qui commen- cent aujourd'hui par un u, comme vn, vnité, vniforme, vsage, vtile, etc. Par contre, dans le corps des mots, Descartes écrit toujours u, qu'il s'agisse, en effet, de l'a ou de notre v ; il écrit donc nouueau, mouuement, s'entreouure, etc. (signalons en passsant un curieux exemple : il écrit neufiestne, f. 38, recto, 1. 3, 4, 7, au lieu de neu- vième, comme aujourd'hui, et au lieu de neuuiesme comme on au- rait pu s'y attendre ; mais neufiesme se forme si naturellement de neuf!) Les lettres u etv sont donc bien distinctes pour Descartes, au moins quant à leur emploi, et c'est la même distinction que, par exemple, entre 6 et p, dans l'écriture grecque : u dans le corps des mots, v au commencement. Ajoutons que, suivant cette règle, il n'y avait alors qu'une forme majuscule, le V : par exemple Vtrecht 1 .

2 i et y. — On sait aussi que le xvir 5 siècle commençait à peine à distinguer IV voyelle de IV consonne, qui est devenu notre j. Des- cartes ne les distingue pas encore dans son écriture ; partout il écrit i, où nous mettons aujourd'hui y. Au lieu de je, j'ai, déjà, jamais, joint, majeur, etc., on trouve dans les autographes ie, i'ay, desia, iamais, ioint, maieur, etc.

Par contre, dans bien des cas où nous mettons aujourd'hui un 1 simple, Descartes mettait souvent \iny. C'est d'abord à la fin des pronoms cecy, celuy, des adverbes voycy, ainsy, aussy, icy, ny répété, etc. Pourtant ici la règle n'est pas absolue, et on trouve de nombreux exemples de IV simple, souvent dans la même page et à quelques lignes d'intervalle : ainsi (f. 17 recto, 1. 3o et 33), ainsy (1. 35 et 36) ; ny plan ni solide (f. 17 recto, 1. 17), etc. Les adjectifs et participes en i sont écrits des deux façons : marry et marri, demi et demy (plus souvent demi), vny et vni,failly, etc. On trouve fini et infini (f. 21 verso, 1. 20 et 21). Dans les noms l'orthographe est variable: Descartes écrit hyuer ; mais il écrit stile, plutôt que style, et tou- jours pais au lieu de pays. Un mot latin, consyderare est écrit avec uny (f. 48 verso, 1. 18, novembre 1629); c'était un usage fré-

1. La règle suivie par Descartes est encore systématiquement appliquée dans l'édition de Clerselier, quoique les Elzeviers eussent déjà propagé la distinction de l'« voyelle et du v consonne. Parmi les contemporains, bon nombre (par exemple Fermât) n'emploient qu'une seule forme de lettre. (T).

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