Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 1.djvu/142

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tomber, il ne se relevait jamais qu’avec de nouvelles meurtrissures.

« Ce n’est pourtant pas faute de courir après l’ouvrage, vraiment, ajouta Mme Plornish, ouvrant les yeux tout grands et cherchant la solution du problème dans la grille où brûlait du charbon de terre ; ce n’est pas non plus faute de travailler de bon cœur, lorsqu’il trouve de la besogne. Personne ne peut reprocher à mon mari d’avoir jamais plaint sa peine. »

D’une façon ou d’une autre, ce malheur était commun à presque tous les locataires de la cour du Cœur-Saignant. De temps en temps, on entendait bien des gens se plaindre en termes pathétiques de ce que les bras manquaient et de ce que la main-d’œuvre était chère… ce qui les indignait beaucoup, comme s’ils eussent eu un droit absolu d’imposer des conditions à la main-d’œuvre… Mais cette disette de bras ne profitait jamais aux habitants de la cour du Cœur-Saignant, bien qu’il n’y ait pas en Angleterre une cour où l’on rencontre des travailleurs plus infatigables. La noble et illustre famille des Mollusques avait toujours été trop occupée à maintenir le grand principe gouvernemental pour songer à une question si peu importante, qui d’ailleurs ne pouvait en rien les aider à en arriver à leurs fins, c’est-à-dire à évincer toutes les autres nobles et illustres familles du royaume, excepté celle de leurs alliés, les Des Échasses.

Tandis que Mme Plornish s’exprimait ainsi sur le compte de son seigneur et maître, celui-ci fit son apparition. Trente ans, joues lisses, teint rosé, favoris roux, jambes longues, un peu faibles vers les genoux, air borné, veste de flanelle, habits couverts de taches de chaux.

« Voilà Plornish, monsieur.

— Je suis venu, dit M. Clennam en se levant, vous demander la faveur de quelques moments d’entretien au sujet de la famille Dorrit. »

Plornish prit un air défiant. Il crut flairer un créancier, et dit : « Ah oui ! très bien. Je ne vois pas ce que je puis vous apprendre concernant la famille. Et de quoi s’agit-il, s’il vous plaît ?

— Je vous connais mieux que vous ne croyez, » dit Clennam en souriant.

Plornish fit remarquer, mais sans sourire le moins du monde, qu’il n’avait pourtant pas le plaisir de connaître son visiteur.

« Non, répondit Arthur ; mais, quoique je n’aie pas été témoin des bons offices que vous avez rendus à la famille, je tiens mes renseignements de bonne source. Ils me viennent de la petite Dorrit… Je veux dire, reprit-il, de Mlle Dorrit.

— Vous êtes donc M. Clennam ? Oh ! on m’a parlé de vous, monsieur.

— Et vous aussi, on m’a parlé de vous et de votre femme, dit Arthur.

— Soyez assez bon pour vous rasseoir, monsieur, et regardez-vous comme le bienvenu. Mais oui, continua Plornish, prenant lui-