Page:Dickens - Nicolas Nickleby, trad. La Bédollière, 1840.djvu/108

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aujourd’hui, mais la pensée de votre bienveillante physionomie m’a ramené. Je ne pouvais vous quitter sans vous dire un mot…

Le pauvre garçon ne put continuer, car ses yeux se remplirent de larmes et la voix lui manqua.

— Le mot qui nous séparera, dit Nicolas en lui mettant amicalement les deux mains sur les épaules, ne sera jamais prononcé par moi, car vous êtes ma seule force et ma seule consolation. Je ne vous perdrais pas maintenant pour tout ce que le monde pourrait m’offrir. C’est en pensant à vous que j’ai pu supporter tout ce que j’ai enduré aujourd’hui, et que j’en supporterais cinquante fois davantage. Donnez-moi la main. Mon cœur est lié au vôtre. Nous quitterons ce lieu ensemble avant la fin de la semaine. Qu’importe que la pauvreté m’accable ? vous l’allégerez, et nous serons pauvres ensemble.


CHAPITRE XVI.

Catherine fut quelques jours avant d’être en état de reprendre ses travaux. En retournant au temple de la mode où régnait madame Mantalini, elle trouva toute la maison en désordre. Des huissiers, qu’elle prit d’abord pour des voleurs, étaient occupés à saisir le mobilier. Madame Mantalini gisait au milieu des ouvrières éperdues, et accablait son tendre époux de sanglants reproches.

Au bout de deux ou trois heures, les ouvrières furent informées qu’on n’aurait pas besoin d’elles jusqu’à nouvel ordre ; et, deux jours après, le nom de Mantalini figura sur la liste des faillites. Le matin même, mis Nickleby reçut par la poste l’avis que miss Knags se mettait à la tête de l’établissement, et la remerciait de ses services. À cette nouvelle, madame Nickleby déclara qu’elle s’y attendait depuis longtemps, et cita diverses occasions inconnues où elle avait prophétisé cet événement.

— Et je le répète, ajouta-t-elle (et il est inutile de faire observer qu’elle ne l’avait jamais dit), je le répète, Catherine, l’état de modiste et couturière est le dernier que vous auriez dû embrasser. Je ne vous en fais pas un reproche, mon amour ; mais pourtant je dirai que si vous aviez consulté votre mère… — Eh bien ! maman, dit doucement Catherine, que me conseillerez-vous maintenant ? — Ce que je vous conseillerai ? n’est-il pas évident, ma chère, que de toutes les occupations convenables à une jeune personne telle que vous, celle de dame de compagnie de quelque