Page:Dickens - Nicolas Nickleby, trad. La Bédollière, 1840.djvu/153

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la jument. — Vous ferez mieux de la retenir, dit Nicolas sautant sur le marchepied à la suite de sir Mulberry et s’emparant des rênes : il n’en est pas maître, songez-y bien… Vous ne partirez pas, avant de m’avoir dit qui vous êtes.

Le groom hésita, car la jument, vigoureuse et bien pansée, piaffait avec tant de violence qu’il avait beaucoup de peine à la maintenir.

— Lâchez-la ! cria le maître d’une voix de tonnerre.

Le groom obéit. La jument se cabra, et sembla prête à mettre la voiture en pièces ; mais Nicolas, insensible à tout danger, n’écoutant que sa juste fureur, n’abandonna ni sa place ni les rênes.

— Voulez-vous ôter votre main ? — Voulez-vous me dire qui vous êtes ? — Non ! — Non !

Ces mots furent échangés plus vite que la pensée ; sir Mulberry leva son fouet, et en appliqua un coup furieux sur la tête et les épaules de Nicolas. Le fouet se rompit ; Nicolas en atteignit la lourde poignée, dont il fendit un côté du visage de son adversaire depuis l’œil jusqu’à la lèvre. Il vit la blessure, s’aperçut que la jument avait pris le mors aux dents, mille lueurs dansèrent devant ses yeux, et il se sentit violemment, jeté sur le sol.

Il était étourdi et faible ; mais il se releva de suite en chancelant, réveillé par les clameurs des passants, qui couraient et criaient gare ! Il entrevit des flots de peuple qui passaient rapidement près de lui ; il put distinguer le cabriolet traîné le long du trottoir avec une effrayante vitesse… Puis il entendit un cri perçant, le bruit de la chute d’un corps pesant, et des glaces qui se brisaient ; puis la foule se referma dans le lointain, et il ne put ni voir ni entendre davantage.

L’attention générale avait été dirigée tout entière vers le maître de la voiture, et Nicolas était seul. Pensant avec raison qu’en de pareilles circonstances ce serait une folie de suivre la voiture, il prit une rue adjacente pour chercher une place de fiacres, s’apercevant au bout de quelques minutes qu’il chancelait comme un homme ivre, et découvrant pour la première fois qu’un ruisseau de sang lui coulait sur le visage et sur la poitrine.


CHAPITRE XXV.

Smike et Newman Noggs, qui était enfin revenu chez lui, étaient assis auprès du feu, écoutant avec anxiété les moindres bruits qui vibraient dans la maison. L’ab-