Page:Dickens - Nicolas Nickleby, trad. La Bédollière, 1840.djvu/219

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sans s’inquiéter de leur destination ; mais il entendit par hasard Ralph donner au cocher l’adresse de l’endroit où il devait les mener.

Plein d’étonnement, Newman s’élança dans son bureau avec la rapidité de l’éclair, saisit son chapeau, et courut après le fiacre, dans l’intention de monter derrière. Mais la voiture avait trop d’avance pour qu’il lui fût possible de la rattraper, et il fut obligé de s’arrêter pour reprendre haleine.

— Au fait, se dit-il, à quoi bon courir ? il me verrait. Pourquoi va-t-il là ? Si je l’avais su hier seulement ! Il se trame quelque méchanceté, j’en suis sûr.

Il fut interrompu dans ces réflexions par un homme à cheveux gris, d’un extérieur singulier, mais peu prévenant. Cet homme lui demanda l’aumône, le suivit, et lui fit un tableau pathétique de sa misère. Newman, qui n’avait pas grand’chose à donner, finit par chercher dans son chapeau les sous qu’il y enserrait habituellement dans un coin de son mouchoir de poche.

Pendant qu’il en dénouait le nœud avec ses dents, son attention fut attirée par quelques mots que l’homme prononça. Ces mots, quels qu’ils fussent, en amenèrent d’autres, et enfin le mendiant et Newman marchèrent côte à côte, l’un parlant avec chaleur, l’autre écoutant avec surprise.


CHAPITRE XXXV.

— Nous quittons Londres demain soir, monsieur Nickleby ; je n’ai jamais été plus heureux de ma vie ; je vais boire encore à notre prochaine réunion !

En disant ces mots, John Browdie se frotta les mains avec une vive satisfaction, et sa physionomie luisante et enluminée était en parfaite harmonie avec ses paroles.

C’était le soir même de la sortie de Ralph en fiacre, et Nicolas, madame Nickleby, Catherine, Smike, et le couple d’Yorkshire étaient réunis. Madame Nickleby, connaissant les obligations qu’avait son fils à l’honnête paysan, avait consenti non sans hésitation à inviter M. et madame Browdie à prendre le thé. Le principal motif de sa résistance avait été qu’elle n’avait pas eu l’occasion d’aller préalablement rendre visite à madame Browdie. Semblable à beaucoup de gens pointilleux, madame Nickleby se vantait souvent de n’avoir pas la moindre fierté et de ne point tenir à de vaines cérémonies ; cependant elle était esclave des convenances ; et comme, d’après les lois de la politesse, elle était censée ignorer l’existence même de madame