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CUI

Au figuré, on le dit en parlant des peines d’esprit, pour douloureux, sensible. Acerbus, molestus. Le péché laisse des remords & des soucis cuisans. Son cuisant désespoir se changea en une tranquillité pleine d’horreur, S. Real. Combien de cuisans déplaisirs traversent souvent la fortune la plus tranquille ? Abad. Les Philosophes ont fait consister la fermeté d’ame à recevoir sans émotion les chagrins les plus cuisans, & à regarder d’un air tranquille les pertes les plus douloureuses. S. Evr.

Qui peut dire les soins cuisans
Qui travaillent les Courtisans ? Id.

Je sens au fond du cœur mille remords cuisans. Corn.

L’amour n’a point de peine & de tourment,
De feu cuisant, ni de cruel martyre,
Que de bon cœur je ne voulusse élire,
Pour vos beaux yeux qui me vont consumant. Voit.

☞ CUISEAU. Petite ville de France, dans la Bresse Châlonnoise, du Diocèse de Lyon, sur les frontières du Comté de Bourgogne.

☞ CUISERY. Petite ville de France, dans la Bresse Châlonnoise, Diocèse de Châlons.

CUISINE, s. f. La partie du logis où l’on cuit, & où l’on prépare les viandes, Culina. Les bourgeois ont des servantes de cuisine. Les grands ont des Ecuyers de cuisine, des chefs de cuisine. Il y a aussi une cuisine sur les vaisseaux. Dans les vaisseaux de guerre on la place ordinairement au fond de cale, dans les vaisseaux marchands sous le premier pont, quelquefois dans le château d’avant, ou aux côtés, &c.

Chaque nation suit en cela ses vues particulières.

La beauté, les attraits, l’esprit, la bonne mine,
Echauffent bien le cœur, mais non pas la cuisine. Corn.

Ce mot vient de cucina, qui se trouve pour coquina dans les anciennes Gloses. Ménage.

Les Italiens disent en leur langue cucina. Il grande Apparechio della Cucina.

Coquina se prononçoit cokina, d’où il s’est fait cukina, qui est la même chose que cucina. Pour coquina, le P. Pezron prétend qu’il est pris du Celtique queguin : mais il est au moins douteux si queguin n’est pas plutôt du Roman formé du Latin coquina. On trouve aussi dans la basse latinité cocina, & cocinarius, pour dire, cuisinier. Voyez Acta SS. April. Tom. III. p. 223 F.

On appelle batterie de cuisine, tous les ustensiles de cuivre & de fer qui servent à faire cuire, rôtir, griller, ou autrement préparer les viandes. Vasa coquinaria. Couteaux de cuisine, table de cuisine, linge de cuisine.

☞ On appelle familièrement Latin de cuisine, un fort mauvais Latin.

☞ On dit populairement ruer en cuisine, pour dire, goinfrer.

☞ Faire la cuisine, c’est apprêter à manger. Apparare. Bonne cuisine, mauvaise cuisine, pour dire, bonne chère, mauvaise chère. Chercher les bonnes cuisines, les cuisines bien fondées, les maisons où l’on fait bonne chère ; faire rouler, aller la cuisine, donner ordre que la table aille bien ; fonder la cuisine, pourvoir à ce qui regarde la nourriture.

Cuisine, se dit aussi pour le métier de Cuisinier, pour l’art simple d’apprêter les mets pour satisfaire aux besoins de la vie. Ars coquinaria. Mais aujourd’hui que la délicatesse & la volupté président dans les cuisines, c’est l’art pénible de donner aux mêts, par les différens apprêts, un goût plus agréable, d’aiguiser l’appétit, & de faire manger au-delà du nécessaire. C’est, en style de Montagne, la science de la gueule. Apprendre la cuisine. Savoir la cuisine.

Et Malherbe & Balzac si savans en beaux mots,
En cuisine peut-être auroient été des sots. Mol.

On appelle aussi, la cuisine, les Officiers qui servent dans une cuisine. Il a laissé sa cuisine à Paris.

On appelle chez le Roi, cuisine-bouche, le lieu où l’on prépare les viandes pour sa table. Culina mensæ regiæ ; cuisine du commun, celle où l’on prépare pour les Officiers. Domesticorum mensæ culina.

Le Grand Maître des cuisines de Pologne est un Office important qui se donne à un homme de condition.

On dit proverbialement, qu’un homme est fort chargé de cuisine, pour dire, qu’il est fort gras, & sur-tout qu’il a un gros ventre. Valdè obesum esse.

On donne encore le nom de cuisine à une espèce de boëte à différens compartimens, dans lesquels on met des épices & autres drogues aromatiques, dont on se sert dans les ragoûts. Les cuisines sont comme un cylindre de cinq à six pouces de long, qui s’ouvre à vis par cinq ou six endroits, qui sont autant de couplets & autant de petites boëtes pour les épiceries. Ces sortes de cuisines se portent dans la poche. Un tel a toujours sa cuisine dans sa poche.

Qui de livres de Droit toujours débarrassé,
Porte cuisine en poche, & poivre concassé. Regn.

CUISINER. v. n. Faire la cuisine, apprêter à manger. Coquinariam artem exercere. On a mis ce garçon chez un Traiteur pour apprendre à cuisiner. Il cuisine fort bien. Il n’est d’usage que dans le style familier. Il est dans Charles Etienne.

CUISINERIE. s. f. Manière de faire la cuisine, d’apprêter à manger. Il est vieux. L’art de cuisinerie au monde de la Lune, est de renfermer dans de grands vaisseaux moulés exprès, l’exhalaison qui sort des viandes en les cuisant, & quand on en a ramassé de plusieurs sortes & de différens goûts, selon l’appétit de ceux que l’on traite, on débouche le vaisseau où cette odeur est assemblée ; on en découvre après cela un autre ; & ainsi jusqu’à ce que la compagnie soit repue. Cyrano.

CUISINIER, iere. f. Qui fait la cuisine & apprête les viandes. Coquus, coqua. Les Traiteurs doivent être reçus Maîtres cuisiniers : c’est une maîtrise particulière différente des Rotisseurs & des Pâtissiers. Leurs titres sont de Maîtres Queux & Porte-chappes. Les Cuisiniers ont réduit en art & en méthode le secret de flatter le goût, & de faire manger au-delà du nécessaire. La Bruy. On donne souvent le surnom de Cuisinier, coquus, à Martial, soit parce que lui, ou son pere l’avoient été, soit parce qu’il parle souvent de sauce & de bonne chère.

☞ On a donné le nom de Cuisiniere, s. f. à un ustensile de fer blanc, qui sert à faire rôtir la viande.

CUISSART. s. m. Armure de la cuisse, qui sert au soldat à le défendre des atteintes ou des effets du coup, dans cette partie. Le cuissart est attaché au bas du devant de la cuirasse. Femorale, femoris tegumentum ferreum. Les cuissarts n’ont commencé d’être en usage que vers 1300. Le Gendre, Mœurs des François p. 104.

CUISSE. s. f. Partie du corps de l’homme, ou des animaux à quatre pieds, & des oiseaux, qui est entre la jambe ou jarret, & le tronc du corps. Femur. On a donné différens noms aux différentes parties de la cuisse. Le devant de sa partie supérieure se nomme l’aîne, inguen, le côté de dehors la hanche, coxa, coxendix, & le derrière la fesse, clunis. Sa partie inférieure & postérieure s’appelle jarret, poples, de post & plito, parce qu’il se plie par derrière ; & l’antérieure s’appelle genou, genu, qui vient du Grec γόνυ, signifiant angle. L’os de la cuisse est le plus grand & le plus fort de tous les os du corps humain, parce qu’il en porte tout le fardeau ; d’où vient qu’il a été aussi appelé femur, du mot Latin fero, qui signifie porter. Les Payens croyoient que Bacchus étoit né de la cuisse de Jupiter, où il avoit été enfermé. On estime la cuisse dans Les bécasses, & l’aile dans les perdrix.