Page:Du Bellay - Œuvres complètes, édition Séché, tome 3.djvu/95

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CXXI

Se fâcher tout le jour d’une fâcheuse chasse,
Voir un brave taureau se faire un large tour,
Étonné de se voir tant d’hommes alentour,
Et cinquante piquiers affronter son audace :

Le voir en s’élançant venir la tête basse,
Fuir et retourner d’un plus brave retour,
Puis le voir à la fin pris dans quelque détour,
Percé de mille coups ensanglanter la place :

Voir courir aux flambeaux, mais sans se rencontrer,
Donner trois coups d’épée, en armes se montrer,
Et tout autour du camp un rempart de Tudesques :

Dresser un grand apprêt, faire attendre longtemps,
Puis donner à la fin un maigre passe-temps :
Voilà tout le plaisir des fêtes Romanesques.

CXXII

Cependant qu’au palais de procès tu devises,
D’avocats, procureurs, présidents, conseillers,
D’ordonnances, d’arrêts, de nouveaux officiers,
De juges corrompus, et de telles surprises :

Nous devisons ici de quelques villes prises,
De nouvelles de banque, et de nouveaux courriers,
De nouveaux Cardinaux, de mules, d’estafiers,
De chapes, de rochers, de masses, et valises :

Et ores, Sibilet, que je t’écris ceci,
Nous parlons de taureaux, et de buffles aussi,
De masques, de banquets, et de telles dépenses :

Demain nous parlerons d’aller aux stations,
De motu-proprio, de réformations,
D’ordonnances, de brefs, de bulles, et dispenses.

CXXIII

Nous ne sommes fâchés que la trêve se fasse :
Car bien que nous soyons de la France bien loin,
Si est chacun de nous à soi-même témoin
Combien la France doit de la guerre être lasse.