Page:Dujardin - À la gloire d’Antonia.djvu/12

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ENVOI


Douce est la volupté des baisers ; aimer est doux ; l’embrassement des bras est aux amants une joie douce toujours ; exalter sa vie en la création sensuelle, et lentement s’assoupir aux caresses des peaux amolies, et rêver, parmi les attouchements confus, un rêve où vogue l’être, en ces supérieurs parfums qui sont l’âme de la femelle. Vivre hors l’apparence est bon ; instituer, authentiques, par des mots, les univers rationnels. Rire plaît, donner, prendre, marcher, faire les uns misérables, se faire misérable. Ceci encore, regarder à l’inconçu, et terrir dans le mystère.

Vivants ! à fin seulement qu’en les rires ou les épouvantes vous jouissiez, vous voulez ceux dont l’attrait vous hante ; donc, loin le prétexte des hypocrites motifs, les mensonges, les duperies ! l’hymne où sont mes triomphes est né joyeusement, comme un corps et comme un monde, et, naturellement, à ma joie fut évoqué.

Belle, consentez qu’en ces songes vous vous glorifiiez ; ce tandis, que d’autres demeurent, et qu’on demeure et que l’on pleure et que l’on raille et que l’on soit ; que les isolés adorent le sang de l’agneau ; et que les charnels, hurlants ou mornes d’âcres faims, se paissent aux chauds ventres tressaillants.

Édouard Dujardin.

Janvier-avril 1886.

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N B Cette œuvre a été publiée à Paris, à la librairie de la Revue Indépendante, en décembre 1887, à 55 exemplaires numérotés, signés et estampillés par l’auteur, et imprimés sur velin français à la cuve.