Page:Dumas - Le Comte de Monte-Cristo (1889) Tome 6.djvu/250

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Avec cela, on se tire d’affaire partout.

Donc, à peu près certain de se tirer d’affaire, attendu qu’il n’y a pas d’exemple qu’on ait jamais taxé un homme à cinq millions cinquante mille livres, Danglars s’étendit sur son lit, où, après s’être retourné deux ou trois fois, il s’endormit avec la tranquillité du héros dont Luigi Vampa étudiait l’histoire.




XVIII


LA CARTE DE LUIGI VAMPA.


À tout sommeil qui n’est pas celui que redoutait Danglars, il y a un réveil.

Danglars se réveilla.

Pour un Parisien habitué aux rideaux de soie, aux parois veloutées des murailles, au parfum qui monte du bois blanchissant dans la cheminée et qui descend des voûtes de satin, le réveil dans une grotte de pierre crayeuse doit être comme un rêve de mauvais aloi.

En touchant ses courtines de peau de bouc, Danglars devait croire qu’il rêvait Samoïèdes ou Lapons.

Mais en pareille circonstance une seconde suffit pour changer le doute le plus robuste en certitude.

— Oui, oui, murmura-t-il, je suis aux mains des bandits dont nous a parlé Albert de Morcerf.

Son premier mouvement fut de respirer, afin de s’assurer qu’il n’était pas blessé : c’était un moyen qu’il avait trouvé dans Don Quichotte, le seul livre, non pas qu’il eût lu, mais dont il eût retenu quelque chose.