Page:Dumas - Le Comte de Monte-Cristo (1889) Tome 6.djvu/62

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Alors il prit le verre, le vida aux trois quarts dans la cheminée, pour que l’on put croire que Valentine avait bu ce qu’il en manquait, le reposa sur la table de nuit ; puis, regagnant la porte de la bibliothèque, il disparut, après avoir jeté un dernier regard vers Valentine, qui s’endormait avec la confiance et la candeur d’un ange couché aux pieds du Seigneur.




V


VALENTINE.


La veilleuse continuait de brûler sur la cheminée de Valentine, épuisant les dernières gouttes d’huile qui surnageaient encore sur l’eau ; déjà un cercle plus rougeâtre colorait l’albâtre du globe, déjà la flamme plus vive laissait échapper ces derniers pétillements qui semblent chez les êtres inanimés ces dernières convulsions de l’agonie qu’on a si souvent comparées à celle des pauvres créatures humaines ; un jour bas et sinistre venait teindre d’un reflet d’opale les rideaux blancs et les draps de la jeune fille.

Tous les bruits de la rue étaient éteints pour cette fois, et le silence intérieur était effrayant.

La porte de la chambre d’Édouard s’ouvrit alors, et une tête que nous avons déjà vue parut dans la glace opposée à la porte : c’était madame de Villefort qui rentrait pour voir l’effet du breuvage.

Elle s’arrêta sur le seuil, écoula le pétillement de la lampe, seul bruit perceptible dans cette chambre, qu’on