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DE GUSTAVE FLAUBERT. 191 · q 102. À ALFRED LE POITTEVIN. Croissct, septembre 18+5. I J'ai rande envie de voir ton histoire de laBotte merveâleuse et ton. chœur de Bacchantes, et le reste. —— Travaille, travaille, écris, écris tant que tu pourras, tant que ta muse Femportera. Cest la le meilleur cours1er, le meilleur carrosse pour se voiturer dans la vie. La lassitude de l’existence ne nous ese pas aux épaules quand nous compo- sons. li est vrai que les moments de fatigue et de délassement qui suivent n'en sont que plus terri- bles; mais tant pis! Mieux vaut deux verres de vinaigre et unverre de vin qu’un verre d’eau roug1e. Pour moi, je ne sens plus ni les emporte- ments chaleureux de_ la jeunesse, ni ces grandes ‘ amertumes d’autrel`ois. lls se sont mêlés ensemble et cela fait une teinte universelle où tout se trouve broye et confondu. J_'observe que je ne ris plus guère et que je ne ` suis plus triste. Je suis mûr. Tu parles de ma séré- nité, cher vieux, et tu me l’envies. Il est vrai qu'elle peut étonner. Malade, irrité, en proie mille fois par jour ai des moments d’une angoisse I atroce, sans Femmes, sans vie, sans aucun des gre- lots d'ici-bas, je continue mon œuvre lente comme ' le bon ouvrier qui, les bras retroussés et les che- veux en sueur, tape sur son enclume sans s’in- _ quiéter s’il pleut ou sîil vente, s’il grêle ou s’il ` tonne. Je n'étais pas comme cela autrefois. Ce » changement s’est fait naturellement. Ma volonté