Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/169

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DE GUSTAVE FLAUBERT. 16 5 n’ ayant guère eu de vent, si ce n’est cette nuit. On a été obligé presque tout le temps de haler sur la A corde. Quand le vent man ue, les hommes ôtent leur chemise, se jettent ai lean et vont a la nage sur la rive tirer la corde. Ce matin, on en a flan- ué un dans le fleuve d’un grand coup de pied dans le derriere, trouvant qu’il n’allait pas assez vite a une manœuvre. Quand on ne hale pas, on pousse du fond avec de grandes gaffes. De cette . manière-la on fait, en travaillant bien, de 3 a 5 lieues par jour. II fait beau temps; le soleil commence à casse- briller; le Nil est plat comme un fleuve d’huile. A notre gauche, nous avons toute la chaîne ara- bique qui, le soir, est violet et azur. A droite, des 2 plaines, puis le désert. Les rives du Nil ressem- blent aux bords de la mer; on a plutôt l’air d’être sur les greves de l’Océan. Par moments, il y a des plages aussi étendues, ai peu de chose pres, que cel e du Mont-Saint-Michel. II fait un silence ab- _ solu; nous i n’entendons rien que l’eau couler. Quelquefois, au loin, une bande de chameaux qui passe. Sur le bord de l’eau, des oiseaux qui viennent boire; de place en place un bouquet de palmiers, qui renferme un village dont les mai- . sons sont construites de roseaux et de terre. i Quand nous descendons et quand nous y allons, les enfants se sauvent a toutes jambes, de peur de nos fusils; les femmes se voilent et détournent la tête. Nous menons une bonne vie, pauvre vieille · adorée. Ah! comme je te regrette! Comme tout cela te plairait! Si tu savais quel calme tout autour · de nous, et dans quelles profondeurs paisibles on I I ·

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