Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/369
DE GUSTAVE FLAUBERT. 36; ne suis-je pas retombe par terre, les ongles sai- gnants, les côtes rompues, la tête bourdonnante, apres avoir voulu monter a pic sur cette muraille · de marbre! Com-me j’ai dép oye mes petites ailes! Mais l’air passait ai travers au lieu de me soutenir · , et, degringolant alors, je me voyais dans les fanges du découragement. Une fantaisie indomptable me pousse a recommencer. .l’irai jusqu’au bout, jus- uà la dernière goutte de mon cerveau pressé. ëui sait? Le hasard a des bonnes fortunes. Avec un sens droit du metier que l’on fait et une vo- lonté perseverante, on arrive a l’estimable. II me U semble qu’il y a des choses que je sens seul et que d’autres n’ont pas dites et que je peux dire. Ce côte douloureux de l’homme moderne, ue tu remarques, est le fruit de ma jeunesse. .l’en ail passé une bonne avec ce pauvre Alfred. Nous vivions dans une serre ideale ou la poesie nous chaulfait . fembêtement de fexistence à 70 degres Réaumur. Cetait la un homme, celui-la! Jamais je n’ai fait, a travers les espaces, de voyages pareils. Nous al- lions loin sans quitter le coin de notre feu. Nous montions haut quoique le plafond de ma chambre ` fût bas. ll y a des apres-midi qui me sont restés dans la tête , des conversations de six heures consé- cutives, des romenades sur nos côtes et des ennuis à deux}? des ennuis, des ennuis! Tous sou- venirs qui me semblent de couleur vermeille et flamber derriere moi comme des incendies., Tu me dis que tu commences at comprendre ma vie. Il faudrait savoir ses origines. A quelque w jour, je m’ecrirai tout at mon aise. Mais dans ce temps-la je n’aurai plus la force nécessaire. Je n’ai par devers moi aucun autre horizon que celui