Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 3.djvu/32

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26 CORRESPONDANCE ` , en bien des choses de ce monde, quand on n’est pas décidé a se faire sauter la cervelle. Et puis l’h po- thèse même du succès admise, quelle certitudlé en tire-t-on? A moins d’être un crétin, on meurt tou- jours dans l’incertitude de sa propre valeur et de I celle de ses œuvres. Virgile même voulait en mou- ` rant qu’on brûlât l’Eneide. Il aurait peut-être bien fait pour sa gloire. Quand on se compare à ce qui vous entoure, on s'admire_; mais quand on lève es yeux plus haut, vers les maîtres, vers l’absolu, vers le rêve, comme on se méprise l .l’ai lu ces jours derniers une belle chose, a savoir la vie de Carême le cuisinier. Je ne sais par quelle transition d’idées I j’en étais venu a songer a cet illustre inventeur de sauces et fai pris son nom dans la Biographie uni- verselle. Cest magnifique comme existence d’artiste enthousiaste; elle ferait envie a plus d’un poète. - Voila de ses phrases : comme on lui disait de mé- ‘ nager sa santé et de travailler moins, «Le charbon i nous tue, » disait—il; mais qu’importe? Moins de jours et plus de gloire». Et dans un de ses livres ou il avoue qu’il était gourmand «... mais je sen- tais si bien ma vocation que je ne me suis pas arrêté a manger):. Ce arrete à manger est énorme dans un homme dont `c'était l’art. Quand tu reverras Nefltzerm, nc lui parle plus de l'article. Nous donnerions au contraire beaucoup · maintenant pour qu’il ne paraisse pas (et je crois i que notre désir sera accomlpli). ll vaut bien mieux avoir par devers nous que que chose à leur repro- cher, ai ces braves messieurs nos amis, et au besoin a leur jeter à la figure; donc n'en dis plus mot. ` (U Rédacteur à La Presse, puis au Temps dès sa fondation, 1861.

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