Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 6.djvu/18

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I2 , coRREs1>oNnANc1z n'aurait dû me durcir plus que d’avoir été élevé dans un hôpital et d’avoir ioué, tout enfant, dans un amphithéâtre de dissection. Personne n’est ` , pourtant plus apitoyable que moi sur les douleurs physiques. II est vrai que je suis le fils d'un homme extrémement humain, sensible dans la bonne acception du mot. La vue d’un chien souf`- frant lui mouillait les paupières. Il n’en faisait J pas moins bien ses opérations chirurgicales, et il en a inventé quelques—unes de terribles. « Ne montrer aux petits que le doux et.le bon de la vie, jusqu'au moment ou la raison peut les aider a accepter ou à combattre le mauvais. » Tel n’est pas nion avis. Car il doit se produire alors dans leur cœur quelque chose d’aff`reux, un désen- chantement infini. Et puis, comment la raison pourrait-elle se former, si elle ne s’applique pas (ou si on ne l'applique pas journellement) à dis- ` tinguer le bien du mal? La vie doit étre une édu- cation incessante; il faut tout apprendre, depuis parler jusqu’à mourir. Vous me dites des choses bien vraies sur Fins- cience des enfants. Celui qui lirait nettement dans ces petits cerveaux y saisiraitles racines du genre ' humain, l’O1`lglI`1€ des dieux, la sève qui produit plus tard les actions, etc. Un negre qui parle a ` son idole, et un enfant a sa poupée, n1e semblent près l'un de l’autre. « L’enfant et le barbare (le primitif) ne distinguent pas le réel du fantastique. .le me souviens très nettement qu'à cinq ou six ans je voulais « en- voyer mon cœur » à' une petite fille dont j'étais amoureux (je dis mon cœur matériel). Je le voyais au milieu de la paille, dans une bourriche d'huîtresl

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