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VOYAGE EN FAMILLE.

mon ardent enthousiasme. Je me suis rué sur la forme, sans presque songer à ce qu’elle disait. Définissez-moi-la, faiseurs d’esthétiques, classez-la, étiquetez-la, essuyez bien le verre de vos lunettes, et dites-moi pourquoi cela m’enchante.

De l’autre côté du lac, après avoir monté par une montée droite à larges marches, maison noire et blanche : c’est la villa du général Serbelloni.

Vue des trois lacs. On voudrait vivre ici et y mourir. Spectacle fait à souhait pour le plaisir des yeux : de grands arbres, poussés dans les précipices, vous viennent jusque sous la main, un horizon bordé de neiges avec des premiers plans charmants ou vigoureux ; paysage shakespearien, tous les sentiments de la nature s’y trouvent réunis, et le grand prédomine. — Plantes grasses, arbustes variés. — Grotte d’où l’on voit deux points de vue divers encadrés dans la verdure. — Bateau à vapeur ; nos Anglais. — Promenade dans l’après-midi sur le lac.

Églises de Côme. — Cathédrale : portail roman, statues des deux Pline. — Église San Felice avec sa vieille saxonne, comme à Avignon. Têtes de morts naturelles dans une chapelle, éclairées par un cierge ; coutume fréquente à Côme et que j’ai rencontrée sans la chercher encore deux fois.

Varèse. — Du haut d’un grand jardin, vue étendue, ample, dégagée, le Simplon, le lac Varèse et le lac Majeur ; mais ce n’est plus le lac de Côme et encore moins l’incomparable beauté de la villa du général Serbelloni.

Écrit au Simplon. — Fumée du poêle.