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NOTES DE VOYAGES.

Le lendemain, nous dinâmes chez M. Cloquet. Leserrec y était. Ma mère fut triste tout le temps du dîner. Le soir j’allai rejoindre Maurice, à l’Opéra-Comique, et assistai à un acte de la Fée aux roses ; il y avait dans la pièce un Turc qui recevait des soufflets.

Hamard était étonné que j’allasse en Orient, et me demandait pourquoi je ne préférais pas rester à Paris à voir jouer Molière et à étudier André Chénier.

Le mercredi, à 4 heures, nous sommes partis pour Nogent. Le père Parain s’est fait beaucoup attendre, j’avais peur que nous ne manquions le chemin de fer, cela m’eût semblé un mauvais présage. Enfin il arriva, portant au bout du poing une ombrelle pour sa petite fille. Je montai en cabriolet avec Eugénie et, suivant le fiacre, nous traversâmes tout Paris et arrivâmes à temps au chemin de fer.

De Paris à Nogent, rien ; un monsieur en gants blancs en face de moi dans le wagon. Le soir, embrassades familiales.

Le lendemain jeudi, atroce journée, la pire de toutes celles que j’aie encore vécues. Je ne devais partir que le surlendemain, et je résolus de partir de suite, je n’y tenais plus : promenades (éternelles !) dans le petit jardin, avec ma mère. Je m’étais fixé le départ à 5 heures, l’aiguille n’avançait pas, j’avais disposé dans le salon mon chapeau et envoyé ma malle d’avance, je n’avais qu’à faire un bond. En fait de visites de bourgeois, je me rappelle celle de Mme Dainez, la maîtresse de la poste aux lettres, et celle de M. Morin, le maître de la poste aux chevaux, qui me