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ÉGYPTE

me décider avant d’arriver chez Maxime, il n’y était pas. Aimée me reçoit, tâche d’arranger le feu. Maxime rentre à minuit, j’étais aplati et indécis. Il me mit le marché à la main, le parti pris fit que je ne revins pas à Nogent. Je l’ai là, cette lettre (je viens de la relire et je la touche froidement), écrite à une heure du matin, après toute une soirée de sanglots et d’un déchirement comme aucune séparation encore ne m’en avait causé ; le papier n’en dit pas plus long de soi qu’un autre papier, et les lettres sont comme les autres lettres de toutes autres phrases ! Entre le moi de ce soir et le moi de ce soir-là, il y a la différence du cadavre au chirurgien qui l’autopsie.

Les deux jours suivants, je vécus largement, mangeaille, buverie et p.... ; les sens ne sont pas loin de la tendresse, et mes pauvres nerfs si cruellement tordus avaient besoin de se détendre un peu.

Le lendemain vendredi, à l’Opéra, le Prophète. À coté de moi le Persan (comme j’aurais voulu nous faire amis, qu’il me parlât !) et deux bourgeois, un mari et sa femme, qui cherchaient à deviner l’intrigue de la pièce. À l’orchestre j’aperçois le père Bourguignon, rouge de luxure en contemplant les danseuses. Dans le foyer, rencontré Piédelieux et Ed. Monnais.

Quel bien m’a fait Mme Viardot ! Si je n’avais craint de paraître ridicule j’aurais demandé à l’embrasser. Pauvre cœur, sois béni, tant que tu battras, pour la délectation que tu as versée dans le mien !

Le lendemain samedi, visite d’Hennet, de Kes-