Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/105

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haut, dans l’épaisseur de la voûte, les fenêtres non fermées laissaient passer de larges rayons blancs, avec le bruit du vent qui courbait les arbres. Un homme est venu, a rangé les chaises, a mis deux chandelles dans des girandoles de fer- blanc accrochées au pilier, et a tiré dans le milieu une façon de brancard à pied dont le bois noir avait de grosses taches blanches. D’autres gens sont entrés dans l’église, un prêtre en surplis a passé devant nous; on a entendu un bruit de clo- chettes s’arrêtant et reprenant par intervalles, et la porte de l’église s’est ouverte toute grande; personne ne venait, on attendait quelqu’un. Le son saccadé de la petite cloche s’est mêlé à un autre qui lui répondait, et toutes deux, s’appro- chant en grandissant, redoublaient leurs batte- ments secs et cuivrés.

Une charrette traînée par des bœufs a paru dans la place et s’est arrêtée devant le portail. Un mort était dessus. Ses pieds pâles et mats, comme de l’albâtre lavé, dépassaient le bout du drap blanc qui l’enveloppait de cette forme indé- cise qu’ont tous les cadavres en costume. La foule survenue se taisait. Les hommes restaient découverts; le prêtre secouait son goupillon en marmottant des oraisons, et les bœufs accouplés, remuant lentement la tête, faisaient crier leur gros joug de cuir. L’église, où brillait une étoile au fond, ouvrait sa grande ombre noire que refou- lait du dehors le jour vert des crépuscules plu- vieux, et l’enfant qui éclairait sur le seuil passait