Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/106

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toujours la main devant sa chandelle, pour em- pêcher le vent de l’éteindre.

On l’a descendu de la charrette; sa tête s’est cognée contre le timon. On l’a entré dans l’église, on l’a mis sur le brancard. Un flot d’hommes et de femmes a suivi. On s’est agenouillé sur le pavé, les hommes près du mort, les femmes plus loin, vers la porte, et le service a commencé.

Il ne dura pas longtemps, pour nous du moins, car les psalmodies basses bourdonnaient vite, couvertes de temps à autre par un sanglot faible qui partait de dessous les capes noires, en bas de la nef. Une main m’a effleuré et je me suis reculé pour laisser passer une femme courbée. Serrant les poings sur sa poitrine, baissant la tête, allant en avant sans remuer les pieds, essayant de regarder, tremblant de voir, elle s’est avancée vers la ligne de lumières qui brûlaient le long du brancard. Lentement, lentement, en levant son bras comme pour se cacher dessous, elle a tourné la tête sur le coin de son épaule et elle est tombée sur une chaise, affaissée, aussi morte et molle que ses vêtements mêmes. A la lueur des cierges, j’ai vu ses yeux fixes dans leurs paupières rouges, éraillés comme par une brûlure vive, sa bouche idiote et crispée, grelottante de désespoir, et toute sa pauvre figure qui pleurait comme un orage.

C’était son mari, perdu à la mer, que l’on venait de retrouver sur la grève et qu’on allait enterrer tout à l’heure.

Le cimetière touchait à l’église. On y passa par