Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/61

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cherchant peut-être au delà du souvenir si, avant notre vie, comme eux aussi nous n’avons pas existé, si nos pensées n’ont pas cohabité dans une patrie commune avec ces pensées devenues formes, si le principe de notre forme à nous n’a pas couvé jadis au sein de la chrysalide univer- selle, avec la graine des chênes et les sources qui ont fait la mer.

La belle chose qu’une tête de sauvage! Je me souviens de deux qui étaient là, noires et luisantes à force d’être boucanées, superbes en couleurs brunes, avec des teintes d’acier et de vieil argent. La première (celle d’un habitant du fleuve des Amazones) porte des dents qu’on lui a enfoncées dans les yeux; parée d’ornements d’un goût moui, couronnée de toutes sortes de plumages, et les gencives à nu, elle grimace d’une façon horrible et charmante; à côté sont suspendus les colliers bigarrés de plumes d’oiseaux qu’autrefois dans la savane, quand elle criait et remuait, elle a pris sur les ennemis vaincus; les colliers sont nombreux, ce qui prouve que c’était un brave, qui avait expédié beaucoup d’âmes à Areskoni, car ces petites choses-là sont l’inverse de nos mé- dailles de sauvetage. On a mis près d’elfe une tête d homme de la Nouvelle-Zélande, sans autre orne- ment que les tatouages qui l’ont engravée comme des hiéroglyphes et que les soleils que l’on dis- tingue encore sur le cuir brun de ses joues, sans autre coiffure que ses longs cheveux noirs, débou- clés, pendants, et qui semblent humides comme