Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/82

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


penser à Avignon. — Moucharabieh éventré, lierres; mais la beauté naturelle est au pied, dans l’eau sur laquelle les petites plantes vertes ont fait comme une grande couche de peinture.

Église anglaise de caractère ; portail haut, d’une ogive assez pure et pas trop ornementée pour son époque. A la place de la rosace on a accolé l’orgue. Sur un cartouche, il y a, presque illisible, «le peuple français reconnaît un Dieu suprême et l’immortalité de l’âme». Les deux entrées laté- rales ont un portique couvert comme l’église de Louviers, à laquelle du reste celle-ci ressemble. A droite du portail d’entrée, en dehors du mur, une chaire en pierre, cou- verte. — Intérieur : un mauvais tableau qui représente des membres du parlement en costume et un personnage ado- rant Jésus-Christ sur la croix ( la coiffure indique le com- mencement du XVII* siècle); au pied du Christ agonisant, un évêque avec la crosse et la mitre ; dans l’air, des anges qui volent.

Vitraux beaux. — Montreur de phénomènes curieux; enseigne. — C’était une large figure animée, intelligente, dents blanches; sa manœuvre avec les enfants qu’il faisait mettre à genoux; vaches et moutons; nous avons été désil- lusionnés de ce que le phénomène fût vrai ! Comme d’autres l’auraient été s’ils l’avaient reconnu faux, tant il est vrai qu’on n’aime pas à changer ses idées toutes faites et à voir ce à quoi on ne s’attendait pas. — Nous avons fait une deuxième fois le tour de la ville. — Caractère doux; nous trouvons que c’est un lieu propre aux promenades amou- reuses par la taille, sans parler, le soir, à cette heure-ci. — Marché encombré de paysans et de bœufs accouplés deux à deux.

Nous partons le jeudi 20 à 6 h. du matin, avec un verre de madère et une croûte dans le ventre et nous filons les- tement sur Piriac. La campagne est nue, le chemin monte et descend; à gauche, une grande vue de mer; au fond, et jusqu’à la mer, une plaine immense tachée çà et là de flaques d’un brun acier. Ce sont les marais salins.