Page:Fuster - Sonnets, 1887-1888.djvu/11

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À LA GLOIRE


Oui, le ciel m’est témoin, Gloire, que je te veux !
Je te veux belle, et grande, et superbe, et féconde,
Et, dussé-je braver le tonnerre qui gronde,
Je me reposerai sur l’or de tes cheveux !

Je dirai mes serments, mes sanglots, mes aveux,
Je fouillerai profond dans ma douleur profonde,
J’arracherai mon cœur pour le jeter au monde,
Je saisirai le ciel entre mes bras nerveux.

Mais si je te désire, ô Gloire, et si je t’aime,
C’est que je suis sauvé par un amour suprême,
Et que je veux de toi pour grandir cet amour !

Si mon rêve dernier devait finir un jour,
J’appellerais sur moi la nuit glacée et noire,
Et je me lèverais pour te maudire, ô Gloire !


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MORT ET MORTE


Oui, vous m’avez trahi pour l’amant inconnu
Dont les baisers d’une heure ont déchiré ma vie.
Je n’ai pas de colère et je n’ai pas d’envie :
L’amour tué vous garde un sourire ingénu.

J’ai vu votre âme entière et votre cœur à nu.
Lorsque vous m’avez dit : « Le remords purifie, »
J’ai cru que la douleur d’oubli serait suivie.
Le temps triste a passé : l’oubli n’est pas venu.

Vos larmes me font mal, et c’est pourquoi je pleure.
Mais de ce qui fut moi rien en moi ne demeure
Sinon des souvenirs qui se plaignent tout bas.

Oh ! ne viens plus jamais sangloter à ma porte !
Je ne méprise pas, vois-tu, je ne hais pas :
Je t’aime comme un mort aimerait une morte.

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