Page:Gautier - Le Second Rang du Collier.djvu/18

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affirmât, molllement, n’y être pour rien, afin de nous en laisser toute la gloire.



Je lui gardai longtemps une rancune particulière pour une méchanceté qu’elle me fit, qui m’avait extrêmement mortifiée : un soir d’hiver où, pelotonnée dans mon lit, je ne pouvais m’endormir, tant j’avais froid, j’eus l’idée d’aller décrocher dans la garde-robe tous mes vêtements pour m’en faire des couvertures. Cela forma un monceau inégal et chancelant, sur lequel, pour lui donner de la stabilité, je couchai une chaise ; puis, avec beaucoup de précautions, je me glissai entre mes draps.

Le lendemain matin je fus éveillée, en sursaut, par des cris d’orfraie. C’était Honorine, en pâmoison devant ce tableau imprévu. Ses grands bras levés exprimaient la stupéfaction et l’horreur.

— Sa robe de popeline ! Son paletot de velours ! Son col en vison d’Amérique !…

Ses bras se refermèrent, empoignant la chaise et une grande partie des pièces à conviction, puis elle sortit de la chambre.

Mon père était au salon, avec un visiteur ; Mlle Huet poussa du pied la porte à deux battants et apparut aux regards hébétés des deux causeurs interrompus. Elle jeta devant eux, sur le parquet, tout le tas qu’elle portait, plus la chaise ;