Page:Gautier - Le Second Rang du Collier.djvu/22

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.

Ces longues stations, dans la pénombre, ne nous amusaient guère. Nous aurions bien voulu entendre le sabbat des armoires et surtout voir le comte d’Ourch enlevé dans son lit jusqu’au plafond ; les coups sourds frappés dans la table, nous payaient mal l’ennui de l’attente. Dès qu’ils se faisaient entendre, nous appelions Mlle Huet, qui revenait avec le maître. Celui-ci allait chercher une médaille, large comme une soucoupe, et enfermée dans un étui de soie brodée. Il la posait sur la table, en disant que si l’esprit qui se manifestait était un mauvais esprit il serait réduit au silence. L’esprit, presque toujours, subissait l’épreuve victorieusement, ne fuyant pas au contact de la relique. Alors le comte l’interrogeait, en récitant l’alphabet, à n’en plus finir.

On nous conduisait aussi quelquefois dans des soirées, pour lesquelles Mlle Huet nous empanachait de plumes jaunes. C’était dans le quartier du Temple, chez d’obscurs bourgeois, dont les logis étroits contenaient avec peine les invités, en toilettes prétentieuses ; le sirop de groseille alternait avec le sirop d’orgeat, tandis que de vieilles demoiselles, professeurs de musique, chantaient des romances sentimentales.

Le comte d’Ourch paraissait quelquefois à ces fêtes. C’était alors une effervescence émue, la musique cessait et, à notre grand ennui, on recommençait à interroger les tables.