Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/209

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ANTOINE

reprenant sa prière. N’es-tu pas l’amour de ceux qui n’ont pas d’amour, la consolation des affligés ?

LA VOIX.

Qu’elle est belle la mère du sauveur ! Qu’ils sont doux ses longs cheveux blonds épanchés le long de son pâle visage ! Regarde-la ! Regarde-la ! Qu’elle est belle !

ANTOINE

soupire. Oh ! Bien belle !

LA VOIX.

Regarde donc ses cils fins abaissés, qui font sur sa joue les ombres d’un réseau ! … et ses mains plus blanches que les hosties !

ANTOINE.

Au père on n’ose parler ; l’esprit, on l’ignore ; le fils souffre trop ; mais elle ! …

LA VOIX.

Oui, elle écoute, attentive et suave. Cet enfant qu’elle berce, c’est le coeur de l’homme tout malade dont elle apaise le chagrin avec le lait des espérances.

ANTOINE

la considérant toujours. Oh ! Je sens que je t’adore ! Tu parfumes le ciel, tu embellis l’éternité, c’est pour te voir que je la désire ; assise sur des nuages, les pieds posés sur le croissant de la lune, tu souris à ceux qui t’aiment. Antoine lève les yeux au ciel. La Voix reprend : et tu l’aimes ! Regarde-la donc !