Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/210
Antoine lève la tête. Non ! Ici ! Là-dessus ! Longuement ! à l’attraction de ta prière, elle va relever ses yux ; prie-la bien, elle t’aimera… viens ! Elle te fait signe.
étonné. Comment ?
Ne sai-tu pas que la foi déplace des montagnes et que Dieu marche vers qui l’appelle ?
la considérant toujours, s’écrie : elle m’entendrait ! … mais oui ! Il me semble qu’elle a remué ; tout à l’heure, si je ne me trompe, elle n’avait pas cette posture… et le bout de ses cheveux a tressailli.
Oui ! Elle a remué… ils tressaillent, ils se soulèvent, ils s’envolent.
Ah ! C’est le vent, peut-être.
Le vent du soir qui souffle des mers chaudes, il a passé sur les forêts vertes et sur la tête des femmes.
Comme il est frais ! Qu’il sent bon ! … maudit soit-il, si c’est lui qui amollit le coeur du solitaire.
Amollir ton coeur ? Allons donc ! Est-ce possible ? N’es-tu pas humble ?
Fou que j’étais ! C’était mes mains qui tremblaient. N’allais-je