Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/230

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La Logique. Tu as réussi dans de plus difficiles. L’Envie. Ne pouvais-tu du moins, avec l’argent de ton héritage, fonder plutôt un couvent où tu aurais vécu avec considération, t’amusant à former des prêtres ? Avec l’arget de ton patrimoine, pourquoi n’achetais-tu pas une charge de publicain au péage de quelque pont ? Tu aurais là vécu seul, en priant toute la journée, mais au moins tu aurais eu de temps à autre un peu de compagnie, des voyageurs qui t’auraient donné des nouvelles, des étrangers drôlement vêtus, des soldats qui aiment à rire. L’Avarice. Tu aurais sculpté des images pieuses, que tu aurais vendues aux pèlerins, et tu aurais mis l’argent dans un pot que tu aurais enfoui dans un trou, en terre, dans ta cabane ; seul, la nuit, tu aurais compté une à une les pièces d’or sonnantes.

ANTOINE

rêvant. Non, non, j’aime mieux à mon flanc le bruit des grains de mon chapelet. La Colère. Il te fallait monter à cheval, avec le casque en tête et une épée longue battant ton mollet nu ; l’hiver, en vedette sur le rempart, tu aurais sifflé au clair de lune, ou bien, portant les pieux ferrés, chanté dans les rangs avec tes hardis compagnons, traversé les forêts sombres ; tu aurais marché sur les grandes routes du monde, campé dans les montagnes et bu l’eau des fleuves barbares, assiégé les châteaux forts abattu les grandes portes des capitales ; tu aurais, du bois de ta lance, cassé la mosaïque des palais. La Luxure. Et traîné par les cheveux les belles étrangères. L’Orgueil. Qu’il est beau, le vainqueur entrant dans les villes au son des cuivres, quand on monte sur les maisons pour voir son visage !