Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/243

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La Logique. Quand le fils s’en détacha pour devenir Jésus, il resta donc deux tiers de Dieu, et puisque Jésus était vraiment Dieu, quoiqu’étant homme, où était Dieu tandis qu’il vivait ? Que faisait Dieu lorsqu’il mourut ? Où était-il quand il est mort ? Car il est mort.

ANTOINE

se signant. Et ressuscité. La Logique. Mais s’il était avant la vie, il n’eût pas besoin de ressusciter, pour être de nouveau après la mort. Qu’a-t-il fait de ce corps humain ? Est-il avec lui ? Qu’est-il advenu de son âme humaine ? L’a-t-il rattachée à son âme de Dieu ? Ce serait donc un homme qui serait Dieu, qui s’ajouterait à Dieu, un dieu qui serait chair, et comme il n’est qu’un avec le père et l’esprit, le père et l’esprit seraient chair, tous seraient chair : il n’y aurait que la chair !

ANTOINE.

Non, non, tout esprit. La Logique. En effet, car Jésus est Dieu, donc Dieu est esprit. Mais Jésus naquit, mangea, marcha, dormit, souffrit, mourut, et il était esprit ! Est-ce que l’esprit naît quelque part ? Est-ce qu’il souffre ? Est-ce qu’il mange ? Est-ce qu’il dort ? Peut-il mourir ? Et il est mort pourtant ! Jésus n’a donc éprouvé ni la naissance nila mort, ou bien il n’était pas esprit.

ANTOINE.

C’est l’homme en lui qui a souffert. La Logique. Et non le dieu, cela est sûr ! Un homme souffre, en effet, mais Dieu ! … alors, s’il n’était qu’homme, beau mérite à lui de subir ce que la nature humaine est forcée de subir ! S’il eût été Dieu, il n’eût pas souffert véritablement.

ANTOINE.

Mais oui, il était Dieu.