Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/252

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Les Sabellins. Nous te demandons seulement si tu te fais une idée de Dieu. Comment te le figures-tu ?

ANTOINE.

Je ne peux pas me le figurer. Les Audiens. Dieu est corporel, car c’est lui qui a fait l’homme, le corps. De sa substance, indéfinie quoique matière, il a tiré les mondes et les âmes ; c’est un grand dieu qui a un corps. Ils s’avancent vers lui.

ANTOINE.

Laisez-moi ! Les Audiens. Nous te demandons seulement si tu te fais une idée de l’âme. Atoine rêvant. L’âme ? Je ne peux pas me la figurer. Les Tertullanistes. Elle est de flamme et d’air, elle réside en un corps, elle occupe un lieu ; en enfer, elle sent à la langue une intolérable douleur et elle implore une goutte d’eau ; mais l’esprit n’a ni siège ni lieu ; il est libre de tout, étranger à la peine comme au plaisir. Dieu seul est donc immatériel, et l’âme est bien un corps.

ANTOINE.

L’âme, un corps ! Qui a dit cela ? Tertullien paraissant au milieu du groupe, vêtu, selon son usage, en phlosophe, avec le pallium sur le dos : moi !