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ILLUSION DU PLAISIR ÉGOÏSTE.

sera dans leurs rapports réciproques une espèce d’obligation particulière ; c’est un lien émotionnel, une communauté produite par l’harmonie complète ou partielle des sensibilités et des pensées.

Plus nous allons, plus les plaisirs humains semblent prendre un caractère social et sociable. L’idée devient une des sources essentielles du plaisir. Or, l’idée est une sorte de contingent commun à toutes les têtes humaines ; c’est une conscience universelle où sont réconciliées plus ou moins les consciences individuelles. La part de l’idée augmentant dans la vie de chacun, il se trouve que la part de l’universel augmente et tend à prédominer sur l’individuel. Les consciences deviennent donc plus pénétrables. Celui qui vient aujourd’hui au monde est destiné à une vie intellectuelle beaucoup plus intense qu’il y a cent mille ans, et pourtant, malgré cette intensité de sa vie individuelle, son intelligence se trouvera, pour ainsi dire, beaucoup plus socialisée ; précisément parce qu’elle est bien plus riche, elle possédera beaucoup moins en propre. De même pour sa sensibilité. .

par le moyen même de l’égoïsme. Toute conscience d’une analogie qui satisfait la pensée ouvre une voie nouvelle pour l’activité et l’activité tend à s’y précipiter. Il n’y a donc pas besoin de chercher de règle en dehors de la nature humaine devenue consciente de soi et de son type. La conscience et la science jouent nécessairement un rôle directeur et régulier. Comprendre, c’est mesurer. Tout ce qui est vraiment conscient tend à devenir normal. L’obligation morale est la force inhérente à l’idée la plus voisine de l’universel, à l’idée du normal pour nous et pour tous les êtres. Puisque l’idée consciente, en effet, tire la plus grande partie de sa force de sa généralité môme, l’idée-force par excellence serait celle de l’universel, si elle était conçue d’une manière concrète, comme Ja représentation d’une société d’ôtres réels et vivants. C’est cette idée que nous nommons le bien, et qui, en dernière analyse, forme l’objet le plus élevé de la moralité. Elle nous apparaît donc comme obligatoire. » Éducation et Hérédité, p. 54 et suiv.