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LE RHIN.

magne (deux mots mal accouplés, soit dit en passant). L’an 1268, le duc Pierre fut descendu en grande pompe dans ce caveau. Aujourd’hui le tombeau et le duc, tout a disparu. J’ai vu la vieille porte pourrie du caveau, sans gonds et sans serrure, appuyée au mur sous le hangar d’une cour voisine ; et il ne reste plus rien du grand duc Pierre que l’empreinte carrée du chevet de son sarcophage, arraché de la muraille par les bernois.

Cette cour voisine était elle-même un cimetière où plusieurs grands seigneurs savoyards avaient des tombes. Il n’y a plus maintenant qu’un peu d’herbe et un vieux lierre mort autour d’une vieille poutre déchaussée.

Je n’ai pu visiter la chapelle, qui est pleine de gargousses. La chambre des ducs est au-dessus du caveau sépulcral. Les bernois en avaient mutilé les lambris, et en avaient fait un corps de garde. La fumée des pipes a noirci le plafond de bois à caissons fleurdelysés et à nervures semées de croix d’argent. L’ours de Berne est peint sur la cheminée. L’écusson de Savoie est gratté. On montre un trou dans le mur, où, dit-on, il y avait un trésor, et d’où les gens de Berne ont tiré avec de grands cris de joie les belles orfévreries de M. de Savoie. Le fait est que tous ces merveilleux vases de Benvenuto et de Colomb ont dû faire un admirable effet en roulant pêle-mêle dans un corps de garde. Vous voyez d’ici le tableau. Si vous le faisiez, Louis, il serait ravissant. — La chambre était ornée d’une belle châsse peinte à fresque dont on voit encore quelques jambes et quelques bras. La fenêtre est une croisée du quinzième siècle assez finement sculptée au dehors.

La porte de cette chambre ducale a été arrachée après l’assaut. On me l’a montrée dans une grande salle voisine, où il y a, par parenthèse, quelques tables curieuses et une belle cheminée. C’est une porte de chêne massif doublée avec des cuirasses aplaties sur l’enclume. Vers le bas de la porte est une ouverture ronde à biseau par laquelle passait le bec d’un fauconneau. Une balle bernoise a profondément troué l’armature de fer, et s’est arrêtée dans le chêne. En mettant le doigt dans le trou on sent la balle.

La salle de justice est voisine de la chambre ducale. Figurez-vous une magnifique nef, plafonnée à caissons, chauffée par une cheminée immense, égayée par dix ou douze fenêtres ogives trilobées du treizième siècle, et meublée aujourd’hui de canons, ce qui ne la dépare pas. Toutes les salles voisines sont pleines de boulets, de bombes, d’obusiers et de canons, dont quelques-uns ont encore la belle forme monstrueuse des derniers siècles. On entrevoit par les portes entre-bâillées ces formidables bouches de cuivre qui reluisent dans l’ombre.

Au bout de la salle de justice est la chambre de torture. À quelques pieds au-dessous du plafond, une grosse poutre la traverse de part en part.