Page:Huysmans - L'Oblat.djvu/14

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Mais quoi ? Et alors, en fait de réponse, c’était un recul de tout son être, une sorte de répulsion instinctive devant ce couvent dont la façade splendidement illuminée, rendait, par contraste, les communs non éclairés qui en dépendaient, plus noirs ; et il s’avançait avec précaution, de même qu’un chat qui flaire un logis qu’il ne connaît point, prêt à détaler, à la moindre alerte.

Et cela ne rime néanmoins à rien, convenait-il ; je n’ai pas l’ombre d’une preuve que l’intérieur du cloître soit d’un autre style d’âme que celui de la façade ; c’est étrange, ce qui se passe en moi.

Voyons, raisonnons, qu’est-ce qui me déplaît ? — et il se répondait : tout et rien ; — cependant certaines remarques se détachaient en lumière, venaient en avant sur le décor de l’abbaye. D’abord, la grandeur de ce monastère et cette armée de profès et de novices qui lui enlèvent ce côté intime et charmant que possède un moins imposant reclusage, la Trappe de Notre-Dame de l’âtre, par exemple. Nécessairement, avec ses immenses bâtiments et la foule des religieux qui les encombrent, Solesmes prend une allure de caserne. Il semble que l’on marche aux offices ainsi qu’à une parade, que l’abbé est un général entouré de l’état-major de son chapitre et que les autres ne sont plus que de pauvres troubades. Non, on ne serait jamais à l’aise et l’on ne serait jamais sûr non plus du lendemain, si l’on appartenait à cette garnison religieuse qui a je ne sais quoi d’inquiet, de craintif, de toujours sur ses gardes ; et, en effet, un beau matin, l’on peut, si l’on a cessé de plaire, être expédié, comme un simple colis, au loin, à destination d’un autre cloître.

Puis, qui dira la tristesse de ces récréations, de