Page:Huysmans - L'Oblat.djvu/43

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Saint-Sacrement de l’autel, c’est pour le mieux ; je puis avec ces psaumes prier plus spécialement Jésus en sa personne et sous les espèces eucharistiques, sainte Marie et saint Joseph, je n’en demande pas plus et ne m’inquiète point de savoir si cet office est plus ou moins bien adapté aux besoins des soirs. Autre chose maintenant ; nous voici en plein village. Cette boutique d’assez vilaine apparence qui se détache là-bas au fond de la ruelle, c’est celle du boucher où vous achetez la viande ?

— Oui, je dois vous prévenir maintenant que l’on mange ainsi qu’au cloître, ici. Le boucher tue, un jour, un bœuf, soyons plus exact, une vache ; un autre jour, un mouton, un autre jour, un veau ; la plus grosse part de ces animaux est naturellement réservée au monastère qui, en dehors même des hôtes, a cinquante bouches à nourrir ; nous devons donc emboîter la filière de la vache, du mouton et du veau, servie au cloître ; car vous pensez bien que l’on n’abattra pas une bête exprès pour vous, pour M. Lampre et Mlle de Garambois ; nous nous repaissons donc tous, religieux et laïques, de la même pitance, le même jour ; cela ne serait rien, malgré le manque de variété de ces mets, si ce boucher n’égorgeait son bétail, la veille au soir ou le matin même où il le débite ; et dame alors, on mastique des choses innommables qui tiennent à la fois du caoutchouc et de la filoselle.

— La cuisine corrige jusqu’à un certain point les viandes trop fraîches, fit Mme Bavoil ; seulement, il convient, en ce cas, de dire adieu aux côtelettes grillées et aux biftecks saignants ; il est, en effet, nécessaire de mettre à mijoter, pendant des heures, dans une casserole,