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§ II.

De l'Égoïsme.


Du jour où l'homme commence à dire moi, il pro­duit son cher lui-même partout où il peut, et l'é-goïsme s'avance irrésistiblement, sinon d'une ma­nière patente (car l'égoïsme des autres s'y oppose), au moins d'une manière cachée, avec une apparente abnégation de soi-même, avec une feinte modestie, afin de se donner d'autant plus sûrement une haute valeur dans l'esprit d'autrui.

L'égoïsme peut renfermer trois sortes de préten­tions : celles de l'entendement, du goût et de l'intérêt pratique ; c'est-à-dire qu'il peut être logique, esthé­tique ou pratique.

L'égoïste logique tient pour inutile d'examiner son jugement à la lumière de l'entendement d'autrui, tout comme s'il n'avait aucun besoin de cette pierre de touche (critérium veritatis externum). Il est bien cer­tain cependant que nous pouvons si peu nous passer de ce moyen de nous assurer de la vérité de notre jugement, que c'est peut-être la raison principale pour laquelle un peuple éclairé tient si fort à la liberté de la presse. En effet, si cette liberté nous est refusée, un puissant moyen d'examiner la justesse de nos propres jugements nous est ravi par le fait, et nous sommes par là d'autant plus exposés à l'erreur. Il ne faut pas même dire que les mathématiques au moins ont le pri

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